Les menaces tarifaires n’affectent pas la demande de GNL en Chine

Le ministre qatari de l’énergie, Mohammed al-Sada, a déclaré jeudi que la demande chinoise de gaz naturel liquéfié (GNL) devrait augmenter de 20% à 25% cette année malgré les tensions commerciales accrues entre les Etats-Unis et la Chine.

Al-Sada, dans des commentaires à Reuters en prévision d’une conférence qui se tiendra vendredi à Berlin, a déclaré que la demande de GNL en provenance de Chine devrait connaître une forte croissance cette année après avoir augmenté d’environ 46% l’an dernier. La demande mondiale globale de GNL cette année devrait correspondre à la hausse de 11% observée en 2017, a déclaré M. al-Sada.

L’augmentation des besoins en gaz de la Chine et en GNL est due à la volonté de Pékin d’avoir au moins 10% du mix énergétique du pays d’ici 2020 en provenance de cette source contre 5% actuellement,  pour compenser les niveaux de pollution atmosphérique record dans ses principaux centres urbains.

 

Cette affectation augmentera également d’ici 2030, sachant que le mix est actuellement pour 63% pour la charbon, ce qui laisse encore beaucoup de marge pour le gaz qui est considéré comme beaucoup moins polluant.

 

Cependant, comme le rapportait déjà OilPrice.com, Pékin a menacé de prélever un droit de rétorsion de 25% sur les importations de GNL américain. La mise en œuvre, si elle est mise en œuvre, causera du tort non seulement à la Chine, mais aussi aux nouveaux projets de projets de GNL aux États-Unis nécessitant des financements chinois et des accords à long terme avec les entreprises chinoises.

Si la Chine activera sa menace tarifaire relative aux représailles liées au GNL, elle mettra en péril la deuxième vague d’investissement dans le secteur du GNL américain qui devrait démarrer sa production vers 2022 ou plus tard.

Le secteur du GNL américain perdra une part de marché potentielle à la fois à l’Australie et au  Qatar.

Au moment où la deuxième vague de projets de GNL aux États-Unis devait démarrer, les marchés mondiaux du GNL devraient passer d’un scénario de surapprovisionnement à un scénario de sous-approvisionnement.

 

Le Qatar comme leader

 

Les commentaires d’Al-Sada viennent également. Le Qatar essaie de se positionner pour regagner le premier marché d’exportation du GNL après sa perte l’année prochaine.

À la mi-2017, face à des critiques politiques et à un boycott économique de ses voisins arabes, dont l’Arabie Saoudite, sur le financement du terrorisme, le petit pays riche en gaz a riposté en annonçant qu’il augmenterait sa capacité de liquéfaction de GNL de 77 Millions de tonnes par an actuellement (Mtpa) pour atteindre les 100 Mtpa en 2020 ou 2021. Une divulgation qui a non seulement choqué les marchés mondiaux de l’énergie, mais qui aura aussi des répercussions systémiques et fondamentaux pour le secteur.

Les nouveaux volumes supplémentaires seront assurés en doublant la taille du nouveau projet gazier du pays dans le secteur sud du champ nord, annoncé en avril 2017 par Qatar Petroleum.

 

La Chine deviendra le champion mondial des importations de gaz

 

La Chine a dépassé la Corée du Sud à la fin de l’année dernière pour devenir le deuxième plus grand importateur de GNL au monde après le Japon, avec des projections selon lesquelles, avant le milieu de la prochaine décennie, ce dernier lui cédera sa place.

En juin, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), basée à Paris, a déclaré dans son rapport annuel sur le gaz en 2018 que la Chine deviendrait le premier importateur mondial de gaz naturel l’an prochain.

Selon le rapport de l’AIE, la demande chinoise de gaz naturel augmentera de près de 60% entre 2017 et 2023, pour atteindre 376 milliards de mètres cubes. Cela inclut une augmentation de ses importations de GNL à 93 milliards de mètres cubes en 2023, contre 51 milliards en 2017. Les importations mondiales de GNL passeront de 391 milliards de tonnes en 2017 à 505 milliards d’ici à 2023, soit une augmentation de 114 milliards de m3.

La région Asie-Pacifique, qui représente près des deux tiers de la demande mondiale de GNL, conservera cette avance. Si l’on considère l’ensemble de l’Asie, selon l’AIE, les ventes de GNL en Asie atteindront 75% de l’ensemble des GNL vendus dans le monde, contre 72% l’année dernière.